Assemblée générale de l’ONU : Abdoulaye Diop plaide pour la souveraineté du Sahel et une refondation des Nations unies
Prenant la parole au nom du général Assimi Goïta au dernier jour du débat général de la 81e Assemblée générale de l’ONU, le chef de la diplomatie malienne Abdoulaye Diop a défendu la souveraineté du Mali et de l’AES, accusé l’Ukraine de soutenir des groupes terroristes et réclamé une refondation des Nations unies. Il a aussi plaidé pour un développement fondé sur les ressources propres du pays plutôt que sur l’aide extérieure.
Le Mali a pris la parole ce lundi 28 septembre 2026, dernier jour du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a porté la voix du président de la Transition, le général Assimi Goïta, qui n’avait pas fait le déplacement. D’après les comptes rendus de la presse malienne, son intervention a fait de la souveraineté, de la sécurité au Sahel et de la remise en cause de l’ordre international les trois axes d’un message au ton particulièrement direct. Cette prise de parole était très attendue au Mali et dans l’espace de la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, selon Mali 24.
Un rendez-vous new-yorkais placé sous le thème de la confiance
Le débat général se tient du 22 au 28 septembre autour du thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation : des Nations unies au service de tous ». La session est présidée par Khalilur Rahman, ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, et elle est la dernière du second mandat du Secrétaire général António Guterres, selon Malinews TV. Près de 130 chefs d’État et de gouvernement devaient y intervenir, chacun disposant d’un temps de parole volontairement limité à quinze minutes. Pour le Mali, l’exercice n’est pas inédit : Abdoulaye Diop, chef de la diplomatie depuis juin 2021 après un premier passage de 2014 à 2017, monte à cette tribune pour la deuxième fois en cinq ans, tandis que l’an dernier c’était le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, qui avait présenté la déclaration du Mali le 26 septembre 2025.
Le texte intégral de l’intervention n’était pas encore disponible au moment de la rédaction de cet article. Les éléments rapportés ici proviennent des comptes rendus publiés par la presse malienne le jour même, notamment celui de Mali 24, ainsi que des prises de parole de la délégation malienne en marge de l’Assemblée. Ils devront être confrontés à la version officielle et à l’enregistrement diffusé par UN Web TV, comme le rappelait AfrikMag.
La souveraineté et la Confédération des États du Sahel au cœur du propos
Selon Mali 24, Abdoulaye Diop a placé la défense de la souveraineté nationale au centre de son intervention, en présentant le Mali et, plus largement, le Sahel comme des acteurs qui ne se laisseront plus dicter leur conduite. Il a fait de l’AES le cadre d’un nouvel ordre sous-régional, né du constat que les Nations unies se sont montrées impuissantes et que l’intervention de l’OTAN en Libye a laissé des conséquences durables. Il a écarté toute injonction venue de l’extérieur et érigé la souveraineté sahélienne en ligne rouge non négociable. Il a enfin reproché à la communauté internationale son inaction face aux ingérences dénoncées par Bamako, ainsi que ses doubles standards dans l’application du droit international.
Cette ligne n’a rien d’improvisé. À la veille du discours, Bamada.net décrivait une diplomatie qui insiste sur la capacité de l’État malien à déterminer librement ses choix stratégiques et qui cherche à inscrire la dynamique de l’AES dans les discussions internationales, en la présentant comme un cadre de coopération et de solidarité entre États sahéliens. Le programme de la délégation, fait de rencontres bilatérales, de réunions thématiques de haut niveau, d’événements parallèles et d’échanges avec les Maliens établis à New York, allait dans le même sens.
Ukraine : une accusation frontale dans un contentieux ancien
Le passage le plus commenté du discours vise l’Ukraine. D’après Mali 24, le ministre a accusé Kiev d’apporter aux groupes terroristes actifs au Sahel un soutien qu’il juge clair et assumé, et il a décrit l’ensemble comme une guerre hybride menée par procuration. Selon ce compte rendu, l’Ukraine ne serait toutefois que l’élément le plus visible d’une entreprise de déstabilisation plus vaste, attribuée à des puissances qu’il décrit comme nostalgiques de leur passé colonial.
La même ligne avait été exposée quelques jours plus tôt. Lors d’une initiative des pays de l’AES organisée en marge de l’Assemblée, selon Échos Médias, le chef de la diplomatie malienne avait déclaré :
« Aujourd’hui, l’Ukraine est devenue un fauteur de troubles dans notre espace. »
Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale
Il avait alors détaillé un appui financier, matériel et par drones, et rappelé que les groupes armés comptent dans leurs rangs des ressortissants de nombreux pays représentés à l’ONU. Devant le corps diplomatique, le 7 mai 2026, il avait déjà nommé l’Ukraine parmi les soutiens extérieurs des groupes armés et réaffirmé que Bamako n’entendait pas dialoguer avec eux, selon Maliweb.
Le contentieux remonte à l’été 2024. Après des combats survenus fin juillet à Tinzaouatène, dans le nord du Mali près de la frontière algérienne, un porte-parole du renseignement militaire ukrainien avait déclaré que les rebelles avaient reçu les informations nécessaires, sans confirmer une implication de Kiev. Le Mali a rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine dans un communiqué du 4 août 2024, une décision que le ministère ukrainien des Affaires étrangères a jugée précipitée en rappelant que son pays est lui-même victime d’une agression armée russe, d’après RFE/RL. Le Niger a ensuite suivi, et les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont saisi par lettre le président du Conseil de sécurité pour lui demander d’assumer ses responsabilités, rapportait AllAfrica.
Aujourd’hui encore, ces accusations sont contestées par les autorités ukrainiennes, rappelle Afrikinfos Mali. La tribune de l’ONU donne donc à Bamako une audience internationale pour une thèse qu’il porte depuis plus de deux ans, sans que les éléments avancés à New York aient, à ce stade, été rendus publics dans le détail.
Le développement par les ressources propres plutôt que par l’aide
Sur le terrain économique, le discours prend, selon Mali 24, des accents de rupture avec le modèle de dépendance à l’aide extérieure. Le ministre a adressé aux bailleurs de fonds une formule appelée à marquer les esprits :
« L’aide internationale, aussi utile soit-elle, n’a jamais développé un pays. »
Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale
Le Mali entend désormais s’appuyer sur ses ressources naturelles, en particulier l’or et le lithium, ainsi que sur sa jeunesse, pour générer de la richesse en interne. Il refuse les financements assortis de conditionnalités politiques qu’il juge humiliantes, au nom d’une autonomie stratégique qu’il veut totale. Ce positionnement prolonge le cadre présenté quelques jours plus tôt : lors de la réunion consacrée au 40e anniversaire de la Déclaration sur le droit au développement, le ministre avait défendu une approche fondée sur l’autonomisation des populations plutôt que sur la charité, appelé à accélérer la réalisation des Objectifs de développement durable et présenté la vision « Mali Kura 2063 », mise en œuvre notamment par la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable.
Pour une refondation des Nations unies, non une simple réforme
Le ministre a conclu en réclamant non pas une simple réforme de l’Organisation, mais sa refondation, au service d’un monde multipolaire débarrassé de toute hégémonie. Dans cette vision, rapportée par Mali 24, l’Afrique cesserait d’être un terrain de rivalités pour devenir un pôle de puissance traité sur un pied d’égalité. On peut lire dans cette demande un écho au thème officiel de la session, centré sur la restauration de la confiance : Bamako reproche précisément aux Nations unies une application sélective du droit international.
Les comptes rendus consultés ne détaillent pas les propositions institutionnelles précises avancées par le ministre, qu’elles concernent le Conseil de sécurité ou d’autres organes. Ce point devra être vérifié dans le texte officiel.
Une semaine d’interventions en marge de l’Assemblée
Avant la séance de clôture, la délégation malienne avait multiplié les prises de parole dans les réunions de haut niveau, comme le rapportait Afrikinfos Mali le 26 septembre. Lors de la réunion ministérielle consacrée aux pays les moins avancés, Abdoulaye Diop a plaidé pour une action collective en faveur d’un développement durable, inclusif et équitable, en défendant une vision qui associe les questions de sécurité aux enjeux socio-économiques. Devant la Commission de consolidation de la paix, il a présenté l’expérience du Mali, mis en avant l’appropriation nationale des processus, évoqué la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, appelé à investir dans la jeunesse et plaidé pour que le pays soit de nouveau éligible à un cycle du Peacebuilding and Recovery Facility. Lors de la réunion de l’Organisation de la coopération islamique, il a enfin placé la lutte contre le terrorisme au premier plan, mis en avant les efforts des pays de l’AES face aux menaces sécuritaires, économiques, médiatiques et géopolitiques qu’ils disent affronter, et appelé à un ordre international plus juste et plus équitable.
À retenir : Au nom du général Assimi Goïta, Abdoulaye Diop a défendu à l’ONU la souveraineté du Mali et de l’AES, accusé l’Ukraine de soutenir des groupes terroristes au Sahel, plaidé pour un développement fondé sur les ressources propres du pays et réclamé une refondation des Nations unies. Les accusations visant Kiev sont contestées par les autorités ukrainiennes.
Ce qu’il reste à vérifier
Plusieurs éléments restent à consolider. Le texte intégral et la vidéo officielle permettront de vérifier la formulation exacte des passages rapportés par la presse, notamment sur l’Ukraine et sur la refondation de l’ONU. Aucune réaction officielle de Kiev au discours de ce lundi n’avait été relevée dans les sources consultées, alors que les autorités ukrainiennes contestent depuis 2024 les accusations maliennes. Enfin, les allégations de financement et de fourniture de drones à des groupes armés, présentées par Bamako, n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante dans les éléments réunis pour cet article, ce qui impose de les attribuer clairement à leur auteur.
Sources : Mali 24, 28 septembre 2026 : https://mali24.info/le-mali-a-lonu-le-requisitoire-implacable-dabdoulaye-diop-pour-une-afrique-souveraine-et-insoumise/ Mali 24, avant-première du discours : https://mali24.info/le-mali-a-la-tribune-de-lonu-une-voix-pour-la-souverainete-et-la-securite/ Malinews TV : https://malinewstv.com/81%E1%B5%89-assemblee-generale-de-lonu-abdoulaye-diop-parlera-au-nom-du-mali/ AfrikMag : https://afrikmag.com/var/www/vhosts/afrikmag.compublic_html/onu-abdoulaye-diop-attendu-tribune-mali-28-septembre-2026 Bamada.net : https://bamada.net/mali-onu-abdoulaye-diop-transition-confederation-aes-new-york-2026 Afrikinfos Mali, 26 septembre 2026 : https://afrikinfos-mali.com/2026/09/26/onu-abdoulaye-diop-porte-les-priorites-du-mali-sur-la-paix-le-developpement-et-la-securite/ Échos Médias : https://www.echosmedias.org/onu-quand-le-mali-le-niger-et-le-burkina-faso-oeuvrent-pour-la-deconstruction-des-discours-errones-sur-laes/ Maliweb, mai 2026 : https://www.maliweb.net/insecurite/le-mali-accuse-lukraine-de-soutenir-ouvertement-le-terrorisme-au-sahel-3116638.html RFE/RL, 5 août 2024 : https://www.globalsecurity.org/wmd/library/news/ukraine/2024/08/ukraine-240805-rferl02.htm AllAfrica, août 2024 : https://allafrica.com/stories/202408220415.html Nations unies, 80e session, déclaration du Mali : https://gadebate.un.org/sites/default/files/gastatements/80/ml_fr.pdf Wikipédia, Abdoulaye Diop : https://en.wikipedia.org/wiki/Abdoulaye_Diop_(diplomat)
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